
Pour éviter la solitude, pour arriver à boucler les fins de mois ou pour profiter d'une grande maison, les seniors se lancent peu à peu dans la colocation. Un mode de vie qui pourrait bien devenir un phénomène de société au regard de la démographie.
Ils sont trois, mais d'ici la fin du mois de juin, ils seront six. Six retraités à vivre à Sallèles-d'Aude dans une belle et grande maison vigneronne de plus de 300 m 2 , avec piscine, parc, potager, source... Bref, un petit coin de paradis que Jeanne, Sylvie et Francis occupent depuis le 10 janvier. Et depuis cette date, ils reçoivent régulièrement des visiteurs : des colocataires potentiels mais aussi des personnes qui voudraient créer une colocation et qui viennent se renseigner et voir comment ça se passe au quotidien. Pas évident en effet de se lancer dans ce mode de vie : il faut trouver un lieu, un propriétaire d'accord avec le principe et des personnes avec qui on se sent de vivre. C'est Sylvie qui a découvert la maison de Sallèles sur internet. " J'ai commencé à contacter les personnes qui étaient intéressées. Le propriétaire a été réceptif à notre projet. Il y a eu une sympathie réciproque. Ca a été une rencontre efficace", explique Sylvie en souriant. Une association a été créée : l'Agecosa (association de gestion des colocataires de Sallèles-d'Aude). Et c'est à cette association que le propriétaire loue la maison. La structure établit ensuite des contrats de sous-location à chaque habitant.
Mais alors comment se passe la vie au quotidien dans cette maison ? "Tout n'est pas idyllique. Il peut y avoir des petits problèmes de cohabitation", poursuit Sylvie. Jeanne avoue qu'au début "j'ai eu beaucoup de mal. J'ai un caractère de cochon", dit-elle non sans humour. Un règlement existe donc et il est revu au fur et à mesure des expériences. Pour les repas, le ménage, les courses : c'est en commun. Il existe un porte-monnaie que tout le monde approvisionne pour l'épicerie et les produits d'entretien. Et puis après, chacun à tour de rôle, selon l'envie, se met derrière les fourneaux. Le prix du repas est partagé par ceux qui l'ont consommé. Et si chacun garde des activités en solo, Sylvie fait du dessin, Jeanne lit des contes à la bibliothèque, il y a aussi beaucoup de moments passés en groupe. Sylvie et Francis s'occupent du potager ensemble. Sylvie et Jeanne font partie d'une association de "femmes internationales". Et ce week-end, les trois colocataires iront voir une pièce de théâtre. Francis avoue : "j'y serais pas allé seul". La colocation est donc un rempart contre la solitude mais aussi un gage d'autonomie. Dans cette maison, les colocataires ont entre 55 et 80 ans. Et ce n'est pas un hasard. "On voulait avoir un panel d'âges. Si une personne ne peut plus conduire, ça représente un handicap. Mais ici, il y aura toujours quelqu'un", explique Sylvie, qui regrette qu'"il n'y ait pas plus d'encadrements des pouvoirs publics". Les colocataires ont en effet eu du mal à s'assurer et à obtenir les aides aux logements. "Les pouvoirs publics auraient tout intérêt à promouvoir ce mode de vie qui coûte beaucoup moins cher à la collectivité (grâce au maintien à domicile) et qui propose un lieu de vie mieux qu'une maison de retraite", conclut Sylvie.
Dossier réalisé par Fanny Dupuis - www.lindependant.com/